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Politique et lobby, l'omerta de la chasse en France

04/03/2023

Politique et lobby, l'omerta de la chasse en France

Par Caroline.C

 

Il n’y a pas un mois sans qu’un média rapporte un accident de chasse, parfois mortel, sur des humains et non-humains, en France. Nous pouvons citer le triste exemple de Morgan Keane, mort à l’âge de 25 ans en 2020, alors qu’il coupait du bois dans son jardin. Le chasseur a indiqué qu’il a confondu le jeune homme avec un sanglier. Plus récemment, en janvier 2023, dans la Sarthe, une chienne a été tuée dans un jardin privé par une meute de chiens, lors d’une chasse à courre, sous les yeux impuissants de sa maîtresse.

 

Un état des lieux peu réjouissant de la chasse en France

 

La France est le pays d’Europe comportant le plus de chasseurs avec un effectif d’environ un million de personnes adhérentes à une fédération de chasse. Cette pratique concerne en très grande majorité des hommes (à plus de 97%) issus, pour un tiers, d’un milieu social aisé (cadres et professionnels libéraux).

 

La France est un des pays d’Europe où il y a le plus d’espèces chassables : 89 espèces (dont une partie menacée) contre en moyenne 39 pour nos voisins européens. Sur ce total, 64 sont des oiseaux, dont 20 espèces classées en danger dans la liste rouge de l’IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature).

 

Par ailleurs, notre pays est régulièrement rappelé à l’ordre par la Commission européenne au sujet de certaines méthodes de chasse et de captures d’oiseaux, telles que les cages-pièges ou encore la chasse à la glu, pratiques illégales sur le sol européen car non sélectives (directive 2009/147/CE du 30 novembre 2009 appelée également directive Oiseaux).


Des chiffres peu rassurants

 

Chaque année, l’OFB (Office français de la biodiversité) élabore un bilan sur les accidents et incidents de chasse en France.  Bien que cet organisme met en avant le fait qu’il y a eu moins d’accidents de chasse sur la période 2021-2022, le bilan est peu réjouissant : 95 accidents dont 8 mortels (6 chasseurs et 2 non chasseurs).

Donnée peu rassurante, 24 % sont des auto-accidents (chasseur blessé ou tué avec sa propre arme). Le rapport met également en avant le nombre croissant d’accidents impliquant des non-chasseurs.

 

Concernant les animaux domestiques blessés ou tués, l’OFB les intègrent dans la catégorie « incident de chasse » qu’il définit comme étant des « dommages matériels par utilisation d’une arme sans blessure corporelle », sous entendue humaine. Propos choquant, l’OFB ne considère donc pas ces animaux comme des êtres vivants à part entière, mais comme des biens. Sur la période 2021-2022, il y a eu 18 tirs sur des animaux domestiques, contre 16 la période précédente. L’OFB prend-elle en compte les accidents liés à la chasse à courre causés par les chiens de chasse ? Le bilan n’en fait pas explicitement mention malheureusement.  

 

Et les animaux sauvages dans tout ça ? Premières victimes de la chasse, aucun rapport indique le nombre total d’animaux tués chaque année par les chasseurs. Certains médias indiquent 20 millions, d’autres 45 millions.

Cela montre le manque de transparence des chasseurs quant à leur pratique. Malheureusement pour eux, le Pigeon ramier et le Faisan commun sont les animaux les plus chassés en France. Ce premier est victime de la chasse à la palombe, pratiquée en période de migration, notamment dans le sud de la France.

 

Quant à la chasse au Faisan commun, elle provient d’animaux élevés uniquement pour la chasse. Quid de l’argument fallacieux de la « régulation » mis en avant tant de fois par les chasseurs ? En 2021, Willy Schraen, Président de la Fédération nationale des chasseurs, a indiqué sur RMC « On prend du plaisir dans l’acte de chasse. J’en ai rien à foutre de réguler ». Tout est dit.


Une large majorité de la population opposée à cette pratique

 

Selon un sondage IFOP de 2022, 83 % des Français sont pour l’interdiction de chasser deux jours par semaine et pendant les vacances scolaires. Beaucoup d’autres pays d’Europe ont instauré des jours sans chasse. À titre d’exemple, il est interdit de chasser le dimanche et les jours fériés aux Pays-Bas. Le canton de Genève en Suisse est, quant à lui, allé plus loin puisqu’il a complètement interdit cette pratique sur son territoire.

 

Il y a quelques années, la chasse était interdite le mercredi en France (loi « chasse » du 26 juillet 2000), mais elle n’a pas été appliquée très longtemps puisque Roselyne Bachelot, ministre de l’Ecologie et du Développement durable de l’époque, l’abroge en 2003.  

 

En 2022, le député EELV d’Indre-et-Loire, Charles Fournier, a proposé une loi sur les activités de chasse, aussi appelée « pour une chasse plus respectueuse de la nature et de ses usagers ». Il y était question d’interdire cette pratique les week-ends, jours fériés et pendant les vacances scolaires, ainsi que de prohiber les chasses dites traditionnelles, telles que la chasse à courre et la vénerie, et la chasse en enclos. En effet, ces pratiques mettent en lumière des questions éthiques et sociales, de plus en plus au cœur des préoccupations des citoyens. La réponse du lobby des fédérations nationales des chasseurs ne s’est pas fait attendre. Mettant en avant le caractère traditionnel de la pratique qu’elles qualifient de « loisir », les fédérations ont eu le soutien des partis politiques conservateurs, notamment du gouvernement actuel.

 

En réponse, le gouvernement d’Emmanuel Macron propose des mesures qui ne sont pas à la hauteur : interdiction de chasser sous l’emprise d’alcool ou de stupéfiants (mesure qui a fait couler beaucoup d’encre parmi certains chasseurs, ça laisse songeur), mise en place d’une application pour indiquer les lieux et temps de chasse (quid des zones blanches?) et un renforcement de la formation des chasseurs. Bref, encore un beau cadeau du gouvernement. À quand de réelles décisions à impact sur cette pratique cruelle ?


Envie d’aller plus loin ?

 

Pas de fusils dans la nature – Pierre Rigaux
Les lapins ne mange pas de carottes – Hugo Clément
Chasser tue (aussi) des humains – Collectif « Un jour un chasseur » - préface de Pierre Rigaux

 

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